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Diagnostic sans complaisance de la musique sénégalaise

Posté par: Cheikh Ahmet Tidiane DIOUF| Vendredi 21 juillet, 2017 14:07  | Consulté 157 fois  |  0 Réactions  |   

La musique est l'art de combiner des notes de manière agréable à l’oreille. Il consiste à arranger et à ordonner ou désordonner des sons et des silences au cours du temps.

Elle peut être une œuvre d'art, une représentation, une thérapie  ou un mode de communication. Elle utilise certaines règles ou systèmes de composition, des plus simples aux plus complexes (souvent les notes de musique les silences, les intensités, les gammes, les modes et autres). Elle utilise des outils comme le corps, la voix, et des instruments de musique spécialement conçus selon les pays et les cultures.

A l’heure où les chanteurs et instrumentistes se comptent par milliers et que les accessoires musicaux se déversent à flot dans notre pays, il me semble intéressant de faire un diagnostic sans complaisance de la musique sénégalais au moment où les critiques d’art semblent être corrompus. Dans cette situation actuelle se taire, c’est, à coup sûr, encourager la médiocrité d’une industrie musicale sans rentabilité qui se développement de jour en jour.

Souvent les animateurs nous tympanisent comme quoi le mbalax est la musique du Sénégal. Même si c’est le cas, cette musique n’est pas de bonne facture. Parce qu’elle n’est pas bien travaillée pour pouvoir faire une percée sur le plan internationale. Si vous pensez le contraire, alors dites-moi quel chanteur a pu décrocher une distinction avec un tube endiablé ? Non, notre musique n’est pas très bien cotée à l’International. C’est une musique kleenex ! Quand les instruments venant d’autres contrées ont fait leur incursion au Sénégal où n’existaient que le xalam, la kora, la flute, le balafon... avant l'indépendance, il y avait une union parfaite entre la musique venue d’ailleurs et la nôtre. Qu'elle était belle, la musique, quand elle crachait des noms d’orchestres comme Number One, Baobab Gouye Gui, Xalam II, Touré Kunda, UCAS band de Sédhiou, Sénémali, Super Diamono, Etoile de Dakar, Star Band, Canari de Kaolack, Ifang Bondi et les Guélewars de Gambie, j'en passe. Une quintessence musicale qui faisait l’honneur des Sénégambiens et qui  donnait de réels frissons à plus d'un !

Même si l’enregistrement à cette époque laissait à désirer, des chanteurs de talent à la voix veloutée, bien préparés à la tâche vocale et qui maitrisaient parfaitement la vocalise, étaient secondés musicalement par des instrumentistes de classe qui n’avaient rien à envier aux musiciens des Beatles, des Scorpions ou des Wailers. Parmi ces musiciens de renom, nous pouvons citer Bob SENE, Baye BABOU (guitare basse), Barthélémy ATTISSO, Yakhya FALL, Cheikh Tidiane TALL, Badou NDIAYE, Jimmy MBAYE,  (guitare solo), Pape Oumar NGOM (guitare accompagnement), Abdoulaye Prospère NIANG, Maguette DIENG -Diengos- (batteries), Abdou MBACKE, Henry GUILLABERT, Adama FAYE (piano, clavier), Aly Penda NDOYE, Issa SISSOKHO (saxo, trombone), El Hadji SOUMARE (polyvalent). De véritables artistes rompus à la tâche. Ils manipulaient avec dextérité leur instrument. Les orthodoxes de la musique sénégalaise, pourrait-on dire. Et d’ailleurs, aujourd’hui, El Hadji Bob SENE confirme royalement le professionnalisme de ces musiciens de la deuxième génération que je me plais d’appeler les "chirurgiens esthétiques". Ils ont bien gérer l'héritage que leur ont laissés les pionniers que sont Ibra KASSE, Bira GUEYE...... Il (Bob SENE) est, au moment où nous écrivons ces lignes, professeur de musique dans des écoles de musique à Lille (France). Tout comme Abdou MBACKE qui continue de faire son petit bonhomme de chemin après des études très approfondies dans le domaine de la musique.

Ce qui m’émeut dans ces artistes de classe internationale c’est le goût de la recherche qu'ils ont et leur sens de créativité. La maitrise des gammes et des modes, sont passées par là. Leurs compositions et leurs arrangements ne sont montés sur le podium de la médiocrité.

En passant, des musiciens comme Jimmy MBAYE (ancien du Super Etoile) et Pape Oumar NGOM (Super Etoile) et Bob SENE, méritent un hommage. Chapeau bas artistes !

En ce qui concerne le premier nommé, c’est par rapport au plus qu’il a apporté à la musique. La transposition du xalam sur le manche de la guitare. Un travail d’orfèvre ! Jimmy MBAYE a parfaitement su poser les notes du xalam dans des chansons de Youssou NDOUR comme Birima, Ndiadiane Ndiaye, Alboury, Papa Ndiaye Ndéné etc. Des sonorités qui tranchent d’avec celles occidentales ou orientales. Le nouvel apport dans la musique mondiale c’est l’invention de la gamme ou mode du xalam par Mamadou MBAYE Jimmy. Ni Européen, ni américain encore moins un oriental (les camerounais n’en parlons pas) ne pourra spontanément jouer ce style musical s’il n’y est pas initié. Bravo Mbaye Dogo !

Cette découverte est très importante sachant que l’essence de la musique de l’Afrique de l’Ouest et donc du Sénégal repose sur les cordophones tels que le xalam, la kora, le riiti et des instruments à vent comme le balafon et la flûte. Alors, n'oublions pas que le xalam est l’instrument musical spécifique du Sénégal puisque c’est lui qui servait à bercer les rois et à vanter leurs mérites après les sacres et les victoires.

Quant à Pape Oumar NGOM c’est les baguettes du tam-tam sénégalais qu’il a su poser sur la guitare qui me flattent. De l’audace !

El Hadji Bob SENE, de part son nom, est non seulement la définition de la basse mais il est par-dessus le marché, l'arrangement musical fait homme. 

Mis à part les artistes de la deuxième génération composée de Youssou NDOUR, Oumar PENE, Souleymane FAYE, Ismaïla LO, Thione SECK, Baba MALL…, et les instrumentistes sus-nommés et qui sont encore en vie, c’est le plat monotone et la tabla rasa dans les sonorités actuelles du pays de Wasis DIOP. Pas de créativité, pas d'arrangement qui mérite un "ndèyesane" digne de ce nom. Cette musique ne s’écoute qu’avec les pieds. C’est seulement dansant ; elle n'est ni « voyagiste », ni évasive encore moins communicative pour pouvoir faire des émules à travers le monde.  

Alors donc, vous conviendrez avec moi que les musiciens de la troisième génération sont très nuls. Malheureusement, ils ont pris la musique par le collet et risquent de la tuer par asphyxie si l’on n’y prend pas garde. Cette frange de chanteurs (kébétoukate, tassoukate ou en un motmbalaxman) et d’instrumentistes médiocres (touksou ngalameur et diambakatoumarimba) ne créent que du bruit, de la cacophonie et du coup participent à la pollution de l’environnement (aussi bien sur le plan sonore que sur le plan des déchets avec leur pléthore de CD qui indisposent et l'espace musical et le décor). Des textes vides de sens, une musique hybride qu’on ne peut nullement qualifier. La faute à des pratiquants qui se perdent dans le solfège et dans les arrangements.

D’un autre côté, les tam-tams roulants ont fini de corrompre la quintessence de la musique sénégalaise qui, naguère, reposait sur les cordophones et les instruments à vents. Aïe ! Aïe ! Brrr ! Toutes les compositions se ressemblent et s'assemblent. Il ne suffit que d’enlever les voix pour se rendre compte du bada-boum bada-boum qui se trouve être le dénominateur commun de cette génération dite montante. Oh ! Que de foutaises fades !

Je pointe un doigt accusateur à ces musiciens de la trempe des marimbistes qui ne font que du copier-coller pour les artistes à qui ils pensent rendre service. C’est le même son de cloche dans leurs arrangements. Imaginez un morceau où la guitare solo et les claviers (à la clé de sol) jouent les mêmes notes, là où également la guitare basse, les tam-tams, les marimbas (à la clé de fa) se mettent côte à côte. Il n’y aura pas de fluidité ni de limpidité. Tout se bouscule. Par contre écoutez bien les lignes de basse du grand Bob SENE dans les morceaux du Super Diamono à côté des coups de baguettes de Lappa DIAGNE et les soli de Jimmy MBAYE l'extra-terrestre, en guise de réponses à la voix de Youssou, vous allez vous rendre compte que ces gens ont fait de la musique une religion. Ça ne badine pas avec ces "espèces en voie de disparition" qui ont déjà inscrit leurs noms au panthéon de la culture sénégalaise.   "Ce qui sort du cœur va directement au cœur"! On n'en disconvient pas.

L’irruption des artistes autodidactes et des "formés sur le tas", dans le concert des créateurs d’œuvres d’art est un vrai pied-de-nez en direction de la musique sénégalaise.

Les instrumentistes de cette nouvelle génération se doivent de faire une introspection et une autocritique pour pouvoir prendre le train de la mondialisation à la bonne heure. Si ! Si ! Car, le fait d’aller recruter des musiciens jusqu’au Cameroun est de la boue que l’enfant chéri de la musique sénégalaise a jetée aux artistes sénégalais en pleine figure. Youssou NDOUR confirme de la plus belle des manières que cette nouvelle génération des lions de la musique, aux dents très courtes d'ailleurs, est limitée. C'est la raison pour laquelle il a fait appel à de jeunes créateurs de plaisirs venus de Yaoundé. Alors, qu’ils aillent se perfectionner dans les écoles de musique c'est mieux. Diang rék a woor sama gaayi !

Le concept du panafricanisme que You soutient ne tient pas la route. C'est un faut débat. Il ne peut pas avoir d’africanisme dans la musique. Celle-ci est universelle et se limite là. "Musique amoul frontière" chantait-il.    

A ces ingrédients très "ndiambaniques" qui risquent de faire sauter le bouchon de la musique sénégalaise, il faut ajouter l’invasion des membranophones (sabars) qui ne suivent souvent pas l’esprit musical d’un thème donné.

Ne nous leurrons pas, le mbalax est un des éléments du sabar (ensemble des tam-tams ou d’une batterie). Ce dernier est composé de thiool, de mbeung-mbeung, de nder, de mbalax, de dioung-dioung, dekhiin et parfois de tabala. Donc, c’est évident que le mbalax n’est pas en soi une musique en tant que telle mais un accessoire de musique ou bien un rythme endiablé produit par le tam-tam dit mbalax.   

Pour rappel, les tam-tams n’occupaient pas une place de choix dans la musique sénégalaise et ça depuis la nuit des temps. Dans les royaumes du Sénégal, les tam-tams servaient à communiquer. En effet, en temps de guerre, les griots l’utilisaient pour le rappel des troupes, pour annoncer des événements, pour accomplir des rituels, pour chanter les louanges (bakk) d’un roi ou d’un prince. Et, chez les lebous, ils sont utilisés à des fins de thérapie. Dans le Sine Saloum, les saltigués sérères (devins) s’en servent encore pour les cérémonies de divination. Mais, jamais pour bercer un monarque. C’est bruyant ! Disons que le tam-tam est plus ou moins utilisé à des fins de communication.

Chers musiciens et mélomanes, la meilleure façon de rendre service à la musique sénégalaise, c’est de renvoyer tous ceux qui sont intéressés par cet art à l’école ou du moins organiser des séminaires de formation avec la participation des icônes à la retraite, véritable tampon entre l’ancienne et la nouvelle génération. Au lieu d’aller sur les antennes des radios et des télévisions raconter des anecdotes ou de se glorifier d’avoir partagé une scène avec Carlos SANTANA ou d’avoir remporté un titre, les anciens gagneraient à orienter sans état d’âme leurs petits frères qui font tout sauf de la bonne musique. Et, "ces nouveaux talents" profiteraient de ces conseils et suggestions s’ils acceptent de revenir sur terre. Autrement, les non-sénégalais qui squattent l’échiquier musical sénégalais vont leur ravir la vedette et ils ne feront que rassembler les câbles et porter les bagages après les prestations. 

Cheikh Ahmeth Tidiane DIOUF

 

 L'auteur  Cheikh Ahmet Tidiane DIOUF
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